mercredi, mai 22, 2024
SK8.NET

INTERVIEW MUSIQUE DE STEVE CABALLERO

Comment présenter une légende comme Steve Caballero ?

Influenceur discret de milliers de skateurs (osons le dire), de millions de fans des sneakers Vans (oui car la plupart des chaussures de la marque à la vague sont designées sur la base de son pro-model), Steve demeure humble au possible là où beaucoup auraient eu leurs chevilles tellement grosses qu’ils ne pourraient chausser des Half-Cab. Pourtant la tache n’est pas facile tant l’humain peut avoir des attitudes étonnantes. Il faut voir les hordes de fans qui le pistent, certains pleurant au simple fait de lui parler, de le toucher, d’autres allant jusqu’à l’évanouissement. Pas facile d’être considéré comme un messie encore moins de se lancer dans un projet musical sans que tout soit rapporté à Steve Caballero la légende en occultant les membres du combo. Mais Steve fait en sorte de rester à sa place de second guitariste du groupe skatepunk URETHANE.

Par chance le groupe Californien jouait à l’excellent festival Belge BRAKROCK cet été 2022. Occasion unique de le rencontrer pour parler musique et uniquement musique puisqu’il est là pour ça avec son groupe. La mission fut compliquée, l’approcher a été fastidieux du fait d’un trop grand nombre de fans autour de lui. Pas facile je pense pour lui de faire la distinction entre les fans pressants et les mecs qui veulent juste faire une interview. Mais par chance, j’avais quelques joker affectifs dans ma poche pour qu’il prenne le temps de rencontrer SK8.net.

Texte et interview : Sylvain STRICANNE et une très bonne question de Silvère Vasselin
Photos: Sylvain STRICANNE, Mathieu Claudon, Silvère Vasselin
Vidéo: Silvère Vasselin


Salut Steve, comme je te le disais après le soundcheck, on ne va pas parler skate, principalement musique même si des liens existent pour toi. On fait ça en mode discussion et pas interview ? Comment la musique est-elle arrivée dans ta jeunesse ?

Bon sang, oui les deux se suivent sans aucun doute mais que le Rock et ses déclinaisons me sont arrivés aux oreilles par le biais du skate, mais bien avant d’aller rouler les skateparks, c’est le rock’n’roll qu’on entendait entre autre. Personnellement j’écoutais le vieux R’n’B et de la Soul, qui était ce qu’il s’écoutait principalement dans le coin où j’habitais.
Puis, dès que je suis allé au skatepark, beaucoup de mecs écoutaient des groupes du style AC/DC, Aerosmith ou Cheaptrick et d’autres. Au bout d’un moment, je dirai, six mois ou un an, commençaient à venir des musiques du style Newwave rock, dans la lignée Gary Newman, les Cars, B52’s. Puis très vite du punkrock et une tonne d’autres styles qui ne m’intéressaient pas trop. J’étais clairement déjà attiré par les groupes de punkrock de mon coin à l’époque : San Jose / Los Angeles, du Midwest à la côte Est. Je me suis mis à emmagasiner tous les styles de musique à travers les States mais aussi outre-Atlantique, genre The Exploited ou GBH. Tu vois, beaucoup d’Anglais entre autre. Je devais avoir 19 ans, donc aux alentours de 1982, je commence à oser à former un groupe par moi-même, à apprendre à jouer d’un instrument, j’ai appris la basse. J’ai été pris dans l’engrenage de cette étrange addiction (rires…). On a de se fait tourner aux alentours de chez moi et on a eu la chance d’enregistrer pour la toute première cassette skaterock de Thrasher Magazine mais aussi un 45 tours.

En 1983/84, je me mets au skaterock avec THE FACTION, mais je suis vraiment un gros débutant, on organise une tournée par nous-mêmes à travers le pays avec les quatre membres du groupe entassés dans un van pour atterrir au top du top à New York, le CBGB, le meilleur souvenir du voyage pour nous. Fin 84, juste après ce roadtrip, j’ai décidé de jouer de la guitare car je jouais de la basse.

Tu es encore dans la période THE FACTION ?

Oui en 1985 exactement et on enregistre un album avec moi à la guitare en enchaînant immédiatement par une grosse tournée Américaine une fois de plus. Au retour, on se sépare dans un gros tourbillon de remise en question. Il n’y avait pas de mésentente notable. J’ai enchainé directement en faisant des simples jams sessions avec un bassiste nommé Ray Stevens. On a commencé un autre groupe, dans un autre style qui était un peu bizarre car différent dans le style Love & Rockets, U2.

Je suis certain que tu parles de ODD MAN OUT.

Ce groupe malgré tout était beaucoup programmé dans les concerts punk, tous ceux que nous avions entre les mains. Même en jouant une musique plus dark et Gothic.

La cassette était disponible avec une de tes boards.

Thrasher avait un label : Beware records et ils ont produit l’album original. J’étais dans le groupe de 1987 à 88, puis j’ai quitté le groupe car je passais beaucoup de temps à skater et voyager. Je n’avais donc pas beaucoup de temps pour faire de la musique. Malgré tout j’ai rencontré sur les skateparks d’autres musiciens et l’on a commencé un autre groupe dans lequel je suis revenu à la basse, avec mon pote John (Hoff ?), avec lequel on avait fait des skatezines pour promouvoir notre groupe et la scène locale. Vers 1989, on a tourné beaucoup dans des clubs, même des clubs dance, on prenait tout. C’est à ce moment qu’est apparu SHOVELHEAD. C’était plutôt rock crunchy avec un son à la Seattle. On avait trouvé un chanteur avec une voix bien puissante. On a joué de L.A à Seattle.

Mais en parallèle, j’écoutais tellement du punkrock que j’ai annoncé au groupe que je voulais quitter le groupe car je ne me sentais pas à l’aise à jouer un type de musique, celui de SHOVELHEAD, et d’écouter un autre.


J’ai donc commencé un nouveau groupe plutôt popunk nommé SoDA (avec Meegan qui a chanté avec No Use For A Name) vers 1992. On a enregistré un mini album (où Tony Sly fait les chœurs) et fait quelques concerts sur le Vans Warped Tour, mais on ne s’entendait pas bien alors j’ai quitté le groupe au bout de onze mois. Ma joie de vivre avait plus d’importance que le groupe même si le son et les titres étaient plutôt bons. J’ai préféré les avoir comme amis.

Tu n’as plus joué dans un groupe après cela ?

On a relancé un peu THE FACTION vers 2000 pour splitter encore vers 2004, enfin juste pendant 7 ans pour revenir en 2011 et faire quelques concerts.

Comment est donc apparu URETHANE ton dernier groupe ?

En fait j’ai déménagé du nord de la Californie (San Jose) vers le sud en 2014. J’étais en train de découvrir la scène skate là-bas. Je jouais encore avec THE FACTION jusqu’en 2018 mais il ne se passait vraiment pas grand-chose. On jouait les mêmes titres depuis 1982, on ne pouvait que rarement créer ensemble car nous étions aux quatre coins du pays. Je me suis dit qu’il faudrait faire un groupe dans mon coin à San Diego et avec le bassiste de SoDA (Matt Ramirez), nous nous sommes réunis. Il venait de déménager. Il a pris la guitare et j’ai basculé à la basse. On a trouvé le batteur, ce qui nous permis pendant dix ou onze mois d’écrire des chansons. Nous avons abouti à dix chansons mais sans chanteur.

J’ai posté un message sur Facebook et Instagram afin de trouver un chanteur. Tim y a répondu. Il nous a envoyé une démo que nous avons tous écoutés. Personne n’avait aimé, il était trop doux, ça ne collait pas au style. Mais j’aimais toutefois sa voix, il avait un bon son.

Au bout du compte je me suis dit que ce projet n’était peut-être pas le bon, je l’ai mis quelque temps de côté, moins d’un an, le temps de réécrire, de prendre du recul vis-à-vis de Tim. Nous nous sommes réunis avec lui, on a trouvé un batteur très rapidement, s’était celui des Bombpops. Tim venait du groupe War Fever, il n’avait jamais chanté, il ne faisait que la guitare rythmique. La démo n’était qu’un projet solo mais il avait envie de me montrer qu’il savait chanter. Ça a marché, on a commencé le groupe URETHANE et pendant 4 mois ce n’était qu’un trio. Mais je voulais un second guitariste, il pourrait apporter des mélodies, faire des harmonies avec Tim. J’ai proposé à Tim d’être ce guitariste d’autant que c’était mieux d’avoir un bassiste qui avait envie de l’être dans ce groupe. Chad est venu dans le groupe alors qu’il chantait pour un vieux groupe appelé Skipjack, mais il était aussi capable d’être batteur, guitariste et donc bassiste. Nous étions donc à peine un quatuor qu’une semaine après Chad rencontrait El Hefe de Nofx et son ex-femme Jane qui possède le label « Sabertracks » pour jouer notre démo. Ils ont adoré et nous ont signé et l’enregistrement de l’album était possible.

Au sujet de la musique et du skate, quel est ton point de vue sur la musique qui accompagnait tes vidéos parts ? Rien à voir avec ce que tu aimais, ça ne te représentait pas ?

Nous étions dans la vidéo et pas en charge de la musique. Si en plus tu es dans un film comme Police Academy 4, tu es l’acteur donc on est là pour le réalisateur. Pour Animal Chin, c’était aussi le cas même en tant que skateur, nous étions acteur pour Stacy.
Mais si j’étais seul dans la part, on me consultait toujours.

Dans l’album, il y a Toby Morse de H2O et Jim de Pennywise qui chantent. Comment est-ce venu ?

C’est venu de moi pour les deux featurings. D’abord Toby parce que j’avais joué de la guitare sur le titre “Skate” de H2O et fait la vidéo pour lui. Je savais que pour faire connaître URETHANE que nous avions besoin d’invités prestigieux. Toby a accepté directement.
Je suis ami avec Jim avec qui je fais des expositions artistiques, de la peinture, on a discuté un peu plus pour savoir s’il serait d’accord. Notre producteur a étudié nos titres afin de savoir lequel collerait le plus avec Jim car il connaissait bien sa tessiture. On lui a envoyé le titre et il a fait la voix dans son studio personnel, puis il est venu chanter quelques fois sur scène avec nous.

En échange, tu es allé jouer Bro Hymn avec Pennywise.

Oh oui. On discutait avec le groupe et ils m’ont proposé de jouer avec eux. Mais sur quelle chanson ? Bro Hymn même si c’est la plus simple, je ne me souvenais plus des accords. Il a fallu que je demande à Fletcher sur scène.

Enfin, on va revenir sur une anecdote avec Toby Morse, tu l’as tatoué.

La vache vous avez enquêté !!!

Non, c’est lui qui nous a montré ton tatouage et celui fait par Christian Hosoi.

Oui, s’était il y a 4 ou 5 ans, ah bon Christian a fait un tatouage aussi !!! Sinon Toby est un ami, d’ailleurs Tim et moi sommes sur un de ses podcast, il nous aide bien pour la promotion du groupe.

Il skate aussi très bien.

Oui carrément, il est venu dernièrement chez moi avec Derrick le chanteur de Sepultura, on a fait un barbecue, skaté mais Derrick s’est cassé la cheville.

Sinon on prépare une vidéo pour le titre « Avalanche » et cette fois-ci c’est Toby qui skatera pour URETHANE, on le prévoit depuis un moment chez moi.

Merci pour la discussion les mecs, j’ai apprécié ce moment.

Credit; Silvère Vasselin